📞 +33 7 70 41 16 40    ✉️ msouissi650@gmail.com📍 IAE Clermont Auvergne — M1 Finance
Gestion

Allocation 2026 : actions ou obligations, faut choisir ?

Le 60/40 (60 % actions, 40 % obligations) est l'allocation modèle classique. On l'enseigne en cours comme l'archétype d'un portefeuille équilibré. Pendant des années il a très bien marché. Sauf que depuis 2022, beaucoup de gérants annoncent sa mort. Et avec le contexte 2026, la question mérite qu'on y revienne.

Pourquoi le 60/40 a souffert

L'idée fondatrice du 60/40, c'est la décorrélation. Quand les actions baissent, les obligations montent (parce que le marché anticipe des baisses de taux). Et inversement. Donc en mélangeant les deux, on lisse la performance.

2022 a tué ce raisonnement. L'inflation a fait remonter les taux d'un coup, ce qui a fait baisser les obligations. En même temps, les actions ont baissé parce que la hausse des taux pèse sur les valorisations. Les deux dans le rouge en même temps. Le 60/40 a fait sa pire année depuis les années 30. La diversification ne marchait plus.

Le contexte 2026

Aujourd'hui, le décor est différent :

Les taux courts sont à 3,50-3,75 % aux US, fourchette qui a peu bougé depuis l'arrivée de Warsh. L'inflation US réaccélère à 3,8 %, ce qui complique les baisses de taux qu'attendait le marché. Le 10 ans US est à 4,28 % au moment où j'écris. Le 10 ans français doit être autour de 3,1-3,2 % je crois.

Côté actions, le S&P 500 navigue autour de 5 200 points, en consolidation après un excellent 2024-2025. Le CAC 40 est à 7 842. Les multiples ne sont pas extrêmes sur l'ensemble du marché, mais sont tendus sur la tech.

Pour la première fois depuis longtemps, les obligations rapportent un rendement réel positif. Sur un 10 ans US à 4,28 %, avec une inflation cible à 2 %, on a 2,28 % de rendement réel ex ante. C'est très inhabituel par rapport aux années 2010 où on était souvent à zéro ou négatif.

Les arguments pour les obligations

Trois raisons de remonter la part obligataire :

Le coupon paye. Un Bund 10 ans à 2,8 % ou un Treasury à 4,3 %, c'est du rendement contractuel, pas une promesse de plus-value. Si on les tient jusqu'à maturité, on encaisse. Cela faisait dix ans qu'on n'avait pas ce confort.

Le profil de risque est meilleur qu'avant. Plus les taux sont hauts à l'entrée, moins on a de risque de duration. Et si la Fed baisse vraiment ses taux en 2026 (Warsh est plutôt sur cette ligne), les obligations existantes prennent de la valeur.

L'asymétrie joue. Sur des obligations souveraines AA-AAA, le défaut est extrêmement peu probable. Donc le pire scénario (tenir jusqu'à maturité, encaisser le coupon) reste correct. Sur les actions, le pire scénario peut être beaucoup plus moche.

Les arguments pour rester chargé en actions

Mais le côté action n'est pas mort :

L'inflation aide les bons business. Les entreprises qui ont du pricing power (luxe, certaines tech, santé) répercutent les hausses de prix sur les clients. Pas les obligations.

L'IA est probablement un choc d'offre durable. Si on croit à la thèse de productivité défendue notamment par Warsh, ça profite mécaniquement aux entreprises capables de capter ces gains. Les profits agrégés du S&P pourraient augmenter plus vite que prévu.

Sur 20-30 ans, les actions battent presque toujours les obligations. Ce n'est pas une opinion, c'est une donnée historique sur tous les marchés développés. Si on a un horizon long, surpondérer l'obligataire revient à laisser du rendement sur la table.

Mon avis (très peu autorisé)

Pour quelqu'un de mon âge, avec un horizon de 30-40 ans, surpondérer l'obligataire en 2026 me paraît un peu absurde. Le compoundage des actions sur 30 ans reste l'arme la plus puissante. Mais à 4,3 % sur du sans-risque, c'est cohérent de ne plus être à 0 % obligataire non plus.

Mon allocation perso (très modeste, faut pas s'emballer) : environ 75 % actions, 20 % obligataire/monétaire, 5 % or. Sur les actions, je suis principalement ETF World et un peu d'ETF émergents. Sur l'obligataire, je reste sur du court terme parce que je ne veux pas trop de duration.

Le 60/40 modèle, en revanche, je trouve qu'il convient surtout à des profils qui approchent de la retraite. Pas à un étudiant. Mais à 60 ans, avec une retraite à 5 ans, le 60/40 reste une grille raisonnable, et c'est peut-être plus pertinent en 2026 que ça ne l'était en 2021 quand les taux étaient à zéro.

Bref, l'opposition actions contre obligations est moins binaire en 2026 qu'on ne le dit. Les deux sont redevenus utiles. C'est le dosage qui change.